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    LA GUYANE ET LE BRESIL, OU LA QUETE D’INTEGRATION CONTINENTALE D’UN DEPARTEMENT FRANÇAIS D’AMERIQUE

    STEPHANE GRANGER

     

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    Seule collectivité française d’outre-mer continentale, la Guyane, département français sur la côte septentrionale de l’Amérique du sud, est davantage perçue comme caraïbe, et connaît encore un grand isolement au sein de son continent d’appartenance géographique. Pourtant, les accords de coopération se multiplient depuis une quinzaine d’années avec ses voisins amazoniens, et un pont va bientôt franchir le fleuve-frontière Oyapock pour la relier au Brésil, rompant des siècles de conflits ou d’indifférence entre la Guyane et ce dernier. Cela suscite plusieurs interrogations, au sujet de la reconnaissance tardive de cette situation frontalière entre deux Etats, la France et le Brésil, qui ont toujours eu par ailleurs des relations privilégiées, mais aussi sur les intérêts pour les différents partenaires, locaux, nationaux et supranationaux, ainsi que le rôle du Brésil, toujours soupçonné d’expansionnisme par ses voisins, dans ce repositionnement guyanais. D’autre part, on peut se demander si les statuts, écarts de développement et enjeux trop différents ne risquent pas d’entraver l’intégration continentale de la Guyane, en provoquant des tensions multiples entre les différents acteurs.

    Ces questions nous ont amené à poser, comme problématique générale, les enjeux et les moteurs de ce repositionnement tardif de la Guyane en Amérique du sud, et le rôle qu’y joue le Brésil en tant que grande puissance régionale et frontalière.

    La politique de coopération qui se met en place en Guyane, relayée par l’Etat et l’Union Européenne, se doit à une nouvelle territorialité, à l’initiative d’élus régionaux désireux d’assumer une identité amazonienne jusque-là négligée. Ce repositionnement du département français d’Amérique, partiellement provoqué par la pression brésilienne qui s’y exerce, amène sa « continentalisation », un processus que le juriste Jean-Michel Blanquer définit comme une association croissante à des projets d’intégration sous-continentaux. En somme, un processus d’intégration régionale découlant de la mondialisation des échanges, déjà étudié pour le Québec par Dorval Brunelle, dans un continent duquel la Guyane était exclue tant physiquement que par son statut de département français, mais aussi par ses propres représentations. Encouragé et récupéré par la France, l’Union Européenne, le Brésil, et la périphérie de ce dernier constituée par l’État d’Amapá, frontalier de la Guyane mais non relié par voie terrestre au reste du Brésil, ce repositionnement amazonien d’un territoire en même temps français, caraïbe et européen se voit tiraillé par des enjeux contradictoires, des tensions et des représentations qui risquent de freiner cette continentalisation.

    Aussi, la première partie, après avoir présenté le cas atypique d’une région française et européenne en Amérique du Sud, prétend étudier la réalité de la pression et de l’influence brésiliennes en Guyane, du fait de la porosité de la frontière, et qui s’oppose à cet apparent isolement, une pression néanmoins bien moindre que celle exercée par le Brésil à ses frontières méridionales.
    Ensuite, la deuxième partie veut montrer les facteurs historiques et géopolitiques de cet isolement. Malgré les intenses relations qui ont toujours caractérisé la France et le Brésil, celles-ci ne sont jamais passées par la Guyane, du fait des rancœurs découlant de l’histoire mouvementée de la frontière, qui a mis trois siècles pour être définitivement fixée, puis des craintes causées par la géopolitique brésilienne de l’époque de la Guerre froide et sa tonalité apparemment expansionniste.
    Enfin, l’objectif de la troisième partie est d’étudier la réalité et les difficultés du repositionnement de la Guyane comme un territoire également amazonien et sud-américain. L’intérêt désormais manifesté par l’Union Européenne, la France et surtout le Brésil pour le monde amazonien dans le cadre de la mondialisation et le rôle que peut y jouer la Guyane pourraient permettre une meilleure intégration dans le monde sud-américain, mais les enjeux identitaires des Guyanais et de leurs partenaires de l’Etat d’Amapá au Brésil s’opposent aux fantasmes migratoires et aux logiques de puissance régionale des Etats nationaux.
    Ces enjeux identitaires et les volontés locales d’affirmation des pouvoirs locaux en Guyane et en Amapá sont donc à l’origine d’une coopération originale qui rompt l’isolement des régions concernées, mais elle est récupérée par les Etats nationaux, France et Brésil, qui découvrent le nouvel intérêt de cette frontière dans leurs relations bilatérales et mettent souvent les élus locaux à l’écart. Le pont de l’Oyapock consacre également une amorce de continentalisation incontestable en raccordant, en théorie, la Guyane aux nouveaux réseaux de transports sud-américains (IIRSA)… Mais le département-Région français reste à l’écart – et lui seul – des schémas d’intégration politique et économique régionaux : Traité de Coopération Amazonien, Mercosud, Unasud ou encore CELAC. D’autre part, la permanence des logiques Nord-Sud et de rentabilité à court terme, ainsi que les statuts politiques, renforcent une coupure que la coopération était censée dépasser : la frontière est ainsi de plus en plus fermée aux immigrants notamment brésiliens et la présence policière renforcée du fait de l’ouverture prochaine du pont. De l’autre côté, la Guyane était rejetée autrefois parce qu’européenne, et c’est maintenant parce qu’elle est européenne que son partenariat est recherché, mais ce statut européen freinera malgré tout son intégration dans le monde amazonien et sud-américain du fait de la persistance de méfiances mutuelles. Une Amérique du Sud qui a de toute façon moins à lui offrir pour le moment que l’Union Européenne, mais dont l’actuelle émergence risque une fois de plus de laisser la Guyane à l’écart. Cet exemple de coopération régionale transfrontalière d’initiative locale et ses avatars montrent les difficultés de l’échelon régional à s’insérer dans la mondialisation indépendamment des intérêts d’un échelon national qui veut garder la main malgré l’apparent affaiblissement du rôle des États. La mondialisation induit des recompositions affectant les associats, mais les logiques nationales et Nord-Sud sont encore les plus fortes.

    Illustrations
    Croquis 1 : la pression brésilienne en Guyane





    Fiche informative

    Lien électronique si la thèse est disponible en ligne

    http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00707041

    Discipline

    Géographie

    Directeur

    Hervé Théry

    Université

    IHEAL PARIS 3 Sorbonne-Nouvelle, ED 122

    Membres du jury de thèse, soutenue le 16 mai 2012

    - Mme Marie-France PREVOT-SCHAPIRA (présidente, Université Paris 8)
    - Mme Françoise GRENAND (rapporteur, CNRS)
    - M. André CALMONT (Université des Antilles et de la Guyane)
    - M. Sébastien VELUT (Université Paris 3)
    - M. Hervé THERY (directeur de recherche, CNRS et universités de Paris 3 et de São Paulo)

    Situation professionnelle actuelle

    AProfesseur d’Histoire-Géographie au lycée Melkior-Garré de Cayenne (Guyane), responsable de la classe franco-brésilienne dans la section à vocation internationale.

    Contact de l’auteur

    granger.stephane@orange.fr

     

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