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    Vulnérabilité alimentaire et trajectoires de sécurisation des moyens d’existence à Hanoi : une lecture des pratiques quotidiennes dans une métropole émergente



    GWENN PULLIAT

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    Problématique
    En adoptant une approche centrée sur les trajectoires et les pratiques des citadins à Hanoi, cette thèse propose d’étudier les dynamiques de l’insécurité alimentaire à Hanoi pour comprendre les facteurs de basculement dans l’insécurité, transitoire ou chronique. Il s’agit de mettre en évidence la persistance de situations d’insécurité alimentaire à Hanoi (et d’en décrire les formes) et de comprendre les déterminants de ces situations dans un contexte en changement rapide. Aussi, le choix d’une approche en termes de vulnérabilité avait pour objectif de centrer l’analyse sur les dynamiques conduisant à une dégradation de la situation alimentaire d’un individu, mais aussi et surtout sur les stratégies de réponse adoptées par les personnes concernées (Janin 2007) pour faire face à une difficulté dans le temps court et améliorer leur résilience dans le temps long.

    Ainsi, en étudiant les trajectoires des citadins (surtout les plus défavorisés, qui sont les plus susceptibles de se retrouver en insécurité alimentaire), on analyse la façon dont ils arrangent et recomposent leurs ressources (économiques, spatiales, sociales) afin de les sécuriser, ce dont la situation alimentaire est une résultante ; on cherche de la sorte à mettre en évidence les logiques et les cadres d’action des citadins dans la ville qu’ils habitent.

    L’étude du cas de Hanoi, capitale du Vietnam, est féconde dans cette approche de la vulnérabilité alimentaire. Si les notions de « transition » (Castiglioni et al. 2006), de « mutations » ou de «changement » constituent quelque peu un topos dans les sciences sociales actuelles, la question des transformations à l’œuvre s’impose quand on considère la capitale vietnamienne. Hanoi connaît en effet un puissant mouvement de changement spatial (étalement, changement des modes d’habitat etc.), économique (industrialisation et développement des services urbains), social (ce qui fait suite à l’enrichissement des citadins, mais aussi décohabitation, importance accordée à la scolarisation des enfants, consommation ostentatoire etc.). Ces processus, qui procèdent de la forte croissance économique et de l’ouverture internationale, se traduisent par des écarts croissants entre les territoires et les groupes sociaux : ce qui me conduit à qualifier Hanoi de « métropole émergente » (Pulliat 2012).

    Méthode de recherche
    La méthode adoptée avait pour but de restituer les trajectoires de vie, les pratiques quotidiennes et les logiques d’action des enquêtés.
    Afin d’analyser les processus liés à l’urbanisation en cours et de rendre compte de ces dynamiques d’émergence à l’œuvre, mon étude s’est centrée sur trois espaces périphériques, permettant d’insister sur les recompositions en réponse au passage du périurbain à l’urbain et du rural à l’urbain. Les enquêtes ont ciblé une population globalement défavorisée, en raison d’emplois subalternes et sans protection (récupérateurs de déchets recyclables par exemple), de logements précaires, de faibles revenus (associés au statut de « foyers pauvres ») etc.

    Figure 1. Hanoi : une capitale s’étalant progressivement sur ses périphéries

    L’étude se fonde sur un corpus de 100 entretiens semi-directifs en forme de récits de vie. La trame d’entretiens aborde différents thèmes (situation familiale, pratiques alimentaires, activités économiques, pratiques agricoles, endettement etc.) afin de décrire précisément leurs habitudes quotidiennes et l’évolution de cette situation au cours du temps, en insistant sur les événements survenus au cours de la vie des enquêtés et les choix réalisés à ces occasions. On s’intéresse également à la perception que les enquêtés ont de leur propre situation et de l’environnement dans lequel ils évoluent.

    Ainsi, si l’approche est qualitative et si le fil de l’entretien est guidé par ce que les enquêtés estiment importants pour décrire leur propre position, les principales thématiques sont évoquées de façon systématique, permettant d’avoir une masse critique de données afin de les comparer entre elles.

    Enfin, ces enquêtes ont été complétées par 23 entretiens avec des responsables locaux : responsables des Comités Populaires, personnels des associations paraétatiques locales, ou encore ONG implantées dans le quartier étudié.

    Figure2. Des lieux de vie précaires : chambre partagée louée par une enquêtée. 2011.


    Principaux résultats Cette étude montre que l’alimentation reste un élément-clé de la gestion des moyens d’existence, dans un contexte marqué par la précarité des conditions de vie : elle sert de variable d’ajustement au quotidien. Mais c’est ce qui permet la préservation d’autres dépenses, tels que l’éducation et la participation financière assurant l’entretien des réseaux de solidarité : de sorte que la vulnérabilité alimentaire dans le court terme est un élément des dispositifs de sécurisation des moyens d’existence dans le long terme.

    Cette sécurisation se fonde en effet sur l’entretien de réseaux sociaux, qui ont un très fort ancrage local : la circulation d’argent et de biens et l’entraide au quotidien à l’échelle du quartier en sont les supports. Cette entraide constitue le premier recours en cas de difficulté, quelle que soit la localisation dans la ville et le niveau social. Cela assure une certaine mutualisation des risques au sein de ces réseaux.

    Dans un pas de temps plus long, l’analyse des trajectoires d’activités montre une adaptation remarquable des citadins, qui recomposent leurs moyens d’existence en réponse aux transformations de l’environnement liées à la métropolisation en cours. Mais la capacité des citadins à tirer profit des nouvelles ressources liées au développement de la ville est contrastée : ce qui conduit à un renforcement des inégalités, tant à l’échelle des quartiers qu’au sein de la ville dans sa globalité.

    Figure3. Agriculture urbaine à Hanoi : la mise en culture des berges du fleuve Rouge.



    Ces inégalités se lisent alors dans la différenciation des pratiques alimentaires et des modèles de consommation : les évolutions du système alimentaire donnent ainsi à voir le processus d’émergence en cours à Hanoi. Ce travail inscrit donc l’étude du système alimentaire dans le cadre plus large des études urbaines dans un pays en développement.

    Bibliographie
    Castiglioni, Franck, Jean-Michel Cusset, Patrick Gubry, Thi Thiêng Nguyen, et Thuy Huong Pham. 2006. La ville vietnamienne en transition. Hommes et Sociétés. Paris - Hanoi - Hô Chi Minh Ville: Karthala - Institut des métiers de la ville - PADDI.
    Janin, Pierre. 2007. « La vulnérabilité alimentaire des Sahéliens : concepts, échelles et enseignements d’une recherche de terrain ». L’Espace géographique Tome 35 (4): 355‑366.
    Pulliat, Gwenn. 2012. « Se nourrir à Hanoi : les recompositions du système alimentaire d’une ville émergente ». EchoGéo, no numéro 21 (octobre). http://echogeo.revues.org/13205.


    Fiche informative

    Discipline

    Géographie humaine, économique, sociale et régionale

    Directeur

    Frédéric LANDY, Université Paris Ouest

    Laboratoire d'accueil

    Université Paris Ouest Nanterre

    Membres du jury de thèse, soutenue le 5 décembre 2013

    - Charles Goldblum (prof. émérite, Paris 8), président
    - Paule Moustier (chercheur, Cirad), rapporteur
    - Frédéric Landy (professeur, Paris Ouest), directeur de thèse
    - Pierre Janin (chercheur, IRD / Paris I), membre invité

    Contact de l’auteur

    gwenn.pulliat@gmail.com

     

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